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Lettre de Pierre E. Faubert
Pierre E. Faubert
2017-03-01

PAR Pierre E. Faubert
Psychologue 

« NOMOPHOBE » : MOI ?

Bonjour,

Ce matin, dès mon réveil, je reçois une demande d’entrevue sur la radio de Radio-Canada de Toronto. La sympathique recherchiste m’apprend que c’est, aujourd’hui, « la journée sans téléphone cellulaire ». Ah bon, merci de m’en informer, je ne le savais pas.

On me demande donc de participer à une entrevue de l’émission du matin sur la « nomophobie ».[1] Ce mot est un néologisme formé de la contraction d’une expression anglophone : NO MObile phone PHOBIA. Traduction : La phobie ou la peur irrationnelle de se retrouver soudainement sans son téléphone cellulaire. Ça voudrait donc dire que la personne qui découvre qu’il ou elle est soudainement, volontairement ou involontairement, sans son portable, sente un stress et une anxiété insupportables. Juste d’y penser pourrait générer une anxiété généralisée allant jusqu’à l’angoisse : et l’angoisse est associée à la mort!

Nomophobie

Des phobies, et il y en a plus de 500! Il s’agit d’une crainte excessive irrationnelle et, à la limite, maladive en présence d’un objet et/ou une situation quelconque. Les plus classiques sont, p. ex., la claustrophobie : peur des espaces étroits; l’agoraphobie : peur des espaces publiques; l’arachnophobie : la peur des araignées ou petites bestioles. Ça peut même aller jusqu’à la pantophobie : la peur de tout et à la phobophobie : la peur d’avoir peur.

Mais revenons à la peur de se retrouver soudainement privé de son téléphone cellulaire.

Lorsque les premiers téléphones Motorola sont apparus au début des années 80, ils étaient des véritables briques : tout sauf « portables ». Ils étaient limités à une seule fonction : téléphoner.

De nos jours, nos « téléphones » sont très portables et surtout de très puissants ordinateurs multifonctions avec des écrans toujours plus lumineux et attrayants. On peut se demander si ce sont des caméras avec téléphone ou des téléphones avec caméras (au pluriel parce qu’il y en a toujours deux dont une pour les « selfies »). Ces appareils sont aussi une source quasi inépuisable d’informations encyclopédiques comme Wikipédia ou sont des récepteurs et émetteurs d’émissions de photos, de radio, de télévision, de films… On peut même écrire des textes sur des réseaux dits sociaux. Ces textes, avec ou sans images, peuvent vous propulser à une popularité dite « virale » et lucrative ou vous faire péricliter aux sombres enfers du rejet et de la condamnation mondiale.

Ces appareils sont, croit-on, devenus « indispensables » à tel point qu’il y aurait, environ 80% des propriétaires de portables qui disent ne pas pouvoir s’en passer jusqu’à dormir avec. Pourtant, cet instrument de communication, peut nuire à la communion avec l’autre physiquement présent. Pour certains individus, perdre son téléphone serait semblable à être abandonné seul sur un île déserte pour mourir. Avec son téléphone en poche ou en main, la personne est potentiellement en contact avec « le monde » et surtout SON monde d’ « amis/es ». Ils/Elles sont AVEC moi : dans ma poche! Je ne me sens donc pas seul/e avec mon téléphone. Je peux appeler et être appelé.

J'ai un téléphone, donc J E SUIS !!!

Peut-on parler ici de « dépendance » comme une « drogue » quelconque? Pour certaines personnes, qui ne peuvent s’en passer, oui. Sans leurs téléphones, ces personnes sont en manque. Elles lui sont fusionnées. Elles ne peuvent plus « exister » ou « vivre » sans leurs téléphones. Du moins c’est ce qu’elles croient. Ces croyances peuvent conditionner des gens à voir, sentir et expérimenter ce qu’ils croient. Si je crois que je ne peux pas vivre ou exister sans mon téléphone, et bien, sans mon téléphone, je vais me sentir stressé et angoissé selon mes croyances.

Il y a aussi des réactions bio-chimiques neurocérébrales qui font en sorte que la personne qui se retrouve soudainement privée de son téléphone réagit de manière semblable à la personne privée de son sucre, sa nicotine, son alcool, sa cocaïne, etc… La personne est « droguée »! Même les sonneries et les voyants lumineux de nos téléphones provoquent des réactions dites dopaminergiques : c’est-à-dire, une surproduction de dopamine : un neurotransmetteur qui joue un rôle dans la motivation puisqu’associé au système de récompense. Autrement dit, la dopamine me fait sentir bien et je fini par beaucoup vouloir « me sentir bien ». Alors si j’ai trouvé une « source » qui provoque en moi un sentiment de bien-être, et que je reproduis ce comportement à toutes les 5 minutes, je peux dire que je suis devenu « accro ». Je suis surtout accro de l’effet dopaminergique que l'usage de mon portable provoque dans mon cerveau. Sans mon téléphone, source dopaminergique, je suis donc « en manque ».

Chez certains individus, ça peut amener à un dysfonctionnement psychosocial et même à des accidents mortels pour soi et les autres : en auto ou même en tant que piéton. L’usage de son téléphone en pleine nuit, rend la journée suivante difficile: que ce soit à la maison ou au travail. Certaines personnes peuvent utiliser à outrance les réseaux sociaux parce qu’elles sont paradoxalement antisociales. Elles sont en grande détresse en présence physique de l’autre. On est dans l’illusion d’être « connecté » ou « branché »; d’avoir plein d’ « amis ».

Toute relation humaine vraie comporte son lot de joies et de peines plus ou moins grandes. Bienheureux sont ceux qui se servent de leurs téléphones comme instrument de saines communications. Malheureux sont ceux qui s'en servent pour fuir l'autre.

Pour certains, la "relation" avec leur téléphone est fusionnelle. Dans la fusion, les principaux éléments qui se fusionnent disparaissent. Chacun perd sa nature ou son identité respective. Hélas, ces personnes n'en sont pas conscientes.

Il y a plus de deux milles ans de cela, un certain Jésus a dit : que l’homme n’était pas fait pour la loi, mais la loi pour l’homme. [2] L’histoire nous démontre constamment que l’humain peut devenir esclave de ses inventions et qu’au lieu de les lui subordonner, il s’y subordonne… malgré lui.

Pour certaines personnes, leurs téléphones sont devenues leur « vaux d’or » qu’elles « adorent ». Une autre image biblique est la « tour de Babel ». L’expression « blablabla » vient d’une contraction du mot Babel? Il y en a du « blabla » sur nos téléphones. À l’image de ces métaphores bibliques, environ 80% des humains propriétaires de téléphones portables sont soumis à, et adorent, cette nouvelle source de « puissance infinie ». Serait-ce pour contrer un sentiment d’impuissance et de vide?

Bannir les téléphones? Pas du tout! Même s’il fut un temps où, croyez le ou non, nous vivions sans téléphones cellulaires, il est impensable que nous les éliminions. Au contraire, comme toute invention humaine, nos téléphones peuvent « sauver des vies » comme ils peuvent nous distraire au point de causer des accidents mortels.

Réfléchissons sur l’usage que nous en faisons. Y sommes-nous fusionnées? Ma vie en est-elle définie? Puis-je exister sans mon téléphone « collé à ma peau »? Ai-je des plages de tranquillité et de silence dans ma journée? Est-ce moi qui porte mon téléphone, ou est-ce mon téléphone qui me porte?

Ma vie a-t-elle un sens même si je n’ai pas mon téléphone avec moi?

Suis-je devenu nomophobe?[3]

Pierre E. Faubert, psychologue



[1] Bien sûr, je lui parle avec mon téléphone cellulaire. Je trouve cela plutôt cocasse et nous en rions ensemble.

[2] Cf. Mc 2, 27

[3] Cette réflexion porte sur la possible dépendance à l’usage du téléphone portable, mais analogiquement, elle peut s’appliquer à toutes nos inventions : en sommes-nous les maîtres ou les esclaves ?

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