L’automne de ma vie… déjà?

1er NOVEMBRE 2026
Par Claire Jacques, Actrice, musicienne, célébrante

Bonjour à tous et à toutes,

Auparavant, j’aimais l’automne : les feuilles qui changent de couleur, la température qui rafraîchit — j’avais toujours chaud ! — la pluie qui tombe doucement, empreinte de romantisme, les gros nuages annonciateurs des premières neiges, les chocolats chauds qui viennent s’insérer dans notre routine… Oui, j’aimais l’automne !

Depuis deux ou trois ans toutefois, j’aime moins cette saison… Parce que maintenant j’ai tout le temps froid ! En fait, je n’ai pas froid ; j’ai « frette ». Pour nos frères et sœurs de l’extérieur du Québec qui nous suivent fidèlement, « avoir frette », c’est avoir très, très froid, grelotter, avoir les dents qui claquent et la chair de poule dès qu’une porte s’ouvre… On se charge donc de me rappeler, poliment, que ça, ça s’appelle « vieillir » et que je suis donc à l’automne de ma vie !

L’automne de quoi, vous dites ? De ma VIE ? Ben voyons ! Impossible ! Je n’ai rien vu passer, moi ! J’étais dans un genre de train à grande vitesse, très occupée à bâtir une carrière, à tomber en amour, à payer l’hypothèque, le panier d’épicerie, les médicaments, les factures de téléphone, de câblodistribution, d’électricité, d’eau chaude, les voyages, les imprévus, les urgences, tout en essayant de paraître heureuse.

« C’est de l’ouvrage », ça, faire semblant d’être heureuse ! Cela dit, je n’étais pas toujours malheureuse, bien sûr, mais j’essayais très fort de maintenir un train de vie minimum pour mon ex-conjoint et moi alors que nous étions au printemps de notre vie. Oh que j’ai eu chaud, et que je me suis souvent plainte de ça !

Maintenant, quand tout le monde se plaint de crever de chaleur, moi je m’en sors très bien. En fait, particulièrement depuis cet été, je m’en sors vraiment très bien, et sans air climatisé à la maison. Que des ventilateurs chez moi ! Et je l’avoue, les quelques restaurants dans lesquels je me suis retrouvée avec « la clim dans l’ tapis » ne m’auront pas revue. Difficile de déguster ta salade californienne quand t’es sur le bord de louer des patins à glace pour aller aux toilettes.

Et que dire de mes bons amis qui sont assez gentils pour m’offrir une « ride de char » (un tour de voiture) dans leur congélateur sur roues, et ici j’exagère à peine. Combien de fois alors qu’ils viennent me reconduire après une belle soirée, dois-je me réchauffer les mains pour ouvrir la portière, ou pire, attendre de dégeler un peu avant de marcher jusqu’à l’escalier de mon appartement ! Et, une fois arrivée à la maison, recommencer à respirer… Mais eux, ils ont très chaud. Eux, ils sont très jeunes. Eux, ils sont au printemps de leur vie.

Dorénavant, une femme avertie en vaut deux : durant tout l’été, j’emporte partout avec moi un beau foulard dans lequel je m’emmitoufle jusqu’au nez, dans les voitures, les restaurants, les salles de spectacles, les musées, les centres d’achat, les cliniques, les hôpitaux, les salles de bingo, les cliniques d’ostéo, les boutiques d’animaux…

Est-ce que l’automne de ma vie est en train de faire de moi une chialeuse professionnelle ? ON DIRAIT BIEN… Seigneur, mais qu’est-ce que j’ai ? Suis-je en train de devenir une petite vieille que personne ne veut voir parce qu’elle n’est jamais contente ? Mais je ne veux pas être comme ça ! J’ai juste froid, après tout. Dieu veut-il que je passe le peu de temps qui me reste à chialer ? Ben non ! Dieu veut mon bonheur.

J’ai le choix de me croiser les bras et de me plaindre, en général. Le fait d’avoir froid tout le temps est une conséquence directe d’une activité physique moins régulière. Je m’oblige donc à aller faire une petite course, ou juste pour dire que je suis allée prendre l’air.

Eh bien, pouvez-vous imaginer que je reçoive des compliments, à mon âge, sur mon apparence ? Sur le fait que j’ai « l’air bien », et que j’ai un « beau teint » ? Eh oui ! Alors, comme je bouge un peu plus, ma circulation sanguine s’améliore et je vois plus de monde… Et j’ai un peu moins froid.

Je peux demander poliment qu’on baisse l’air climatisé dans une voiture, et on s’empresse de le faire… Oh, le changement que je provoque ! Je mets un châle sur mes épaules, et soudainement, on me dit « Avez-vous froid ? Attendez, on baisse la clim. »

Novembre, c’est le mois des morts, mais ce n’est pas une raison pour avoir une tête de mort, comme on dit.

Bon automne !

Claire Jacques
Actrice, musicienne, célébrante

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