Lettre aux survivants de Beslan

Textes marquants
Texte de Stéphane Laporte (Journal La Presse) du dimanche 5 septembre 2004
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Chers enfants,

Ce que vous avez vécu cette semaine est dégueulasse, cruel et inhumain.  On vous a terrorisés.  On vous a séquestrés.  On vous a blessés.  On a tué vos amis. On a volé votre enfance.  On vous a marqués à vie.  Vous en voudrez sûrement aux adultes durant toute votre existence et vous aurez raison.  Les adultes sont des cons.  Nous sommes des cons et tout est notre faute.

Pas seulement celle des maniaques qui vous ont attaqués.  Celle de tous les adultes qui acceptent de vivre dans ce monde où l’on exploite, où l’on maltraite, pour le pouvoir et pour l’argent.  Celle de tous les adultes qui ne font rien pour que cela change.  J’étais bien assis dans mon salon.  Je vous ai vus aux nouvelles.  Je me suis exclamé : « C’est ben effrayant ! » et puis, j’ai changé de poste.  J’ai regardé le hockey.  Non, mais ça se peut pas !  Je n’en peux plus d’être comme ça.  Je n’en peux plus de me révolter durant quelques minutes de la connerie des autres sans voir la mienne.  Ma connerie à moi.  Celle de ne rien faire.  Celle de laisser faire.

Il y a sur la terre une poignée de fous qui commettent des gestes immondes  et une mer de lâches qui les regardent agir.  Je ne suis pas bien dans cette mer-là,  mais je ne sais pas quoi faire pour en sortir.  Pour l’instant, je ne fais qu’y réfléchir,  en prendre conscience.  Les terroristes ne sont pas les seuls coupables de la tragédie en Ossétie du Nord.  Nous avons tous contribué à façonner un monde qui ressemble à ça,  sauf vous.  Vous, vous n’y êtes pour rien.  On ne peut pas trouver victimes plus innocentes.

Vous n’y êtes pour rien pour l’instant.  Parce qu’avec tout le malheur qu’on vient de mettre en vous, tous les traumatismes qu’on vous a infligés, vous risquez de vouloir vous venger.  Vous risquez de grandir dans la haine et de devenir comme eux, comme nous.

La terre est une grande garderie d’enfants blessés.  Chaque coup que l’on reçoit, on le redonne à d’autres.  C’est plus fort que nous, ça ne finit jamais.

Le cycle du malheur nous emporte tous dans son tourbillon.  On n’en est pas tous rendus à attaquer des écoles,  c’est plus subtil.  On blesse les autres par nos mots ou par nos actions,  ou en ne faisant rien pour eux, ou tout simplement, en ne pensant qu’à soi.

La folie des hommes s’est emparée de vous.  Elle a voulu vous détruire.  Ne la laissez surtout pas vous rendre semblables à elle.  Je ne sais pas comment vous allez faire pour continuer votre route.  Comment vous allez faire pour survivre à tout ça.  Pour moi, ça sera facile, je n’aurai qu’à penser à autre chose, qu’à changer de poste, mais vous, vous ne pourrez pas.

Je souhaite seulement que vous n’ayez pas subi ça pour rien.  Que les êtres humains vont se remettre en question.  Quand on en est rendu à massacrer des écoliers, ça mérite réflexion.  On ne peut pas tourner la page.  Même si ça s’est passé dans un coin perdu.  Est-ce qu’il faut que tous les malheurs se passent à New York pour nous ébranler vraiment ?  pour qu’on s’interroge ?  Des 11 septembre, il y en a tous les jours sur la planète. S’ils nous touchaient le moindrement, on arrêterait tout et on descendrait du train.

Il n’y a qu’une seule priorité, c’est la souffrance.  Tant qu’on laissera souffrir sans rien faire, nos enfants seront en danger.  Le seul programme des républicains et des démocrates devrait être le partage de la richesse.  La richesse économique, la richesse culturelle, la richesse du coeur.  Que tous les humains soient traités avec le même respect.  C’est notre devoir.  Avant de régler les heures d’ouverture des magasins et la disette de médailles aux olympiques, il faut s’attaquer à ça.  Faire tout en fonction de ça.  Le reste après.

La guerre au terrorisme ne résoudra rien.  Pour chaque ennemi que l’on tue, on en crée 10 qui veulent nous tuer.  Ou pire, qui veulent tuer nos enfants.

Tant que la priorité de ce monde sera la Bourse, tant que la priorité de ce monde sera l’argent, il y aura des gamins en sang.  Mais nous, on est trop vieux pour le comprendre.

On dit souvent que des grandes blessures naissent les grands hommes.  Peut-être, petits martyrs, saurez-vous trouver comment changer le monde.  Peut-être saurez-vous trouver ce que je peux faire pour aider.

Pour l’instant, je suis assis dans mon salon.  Je vous regarde à la télévision et je vous demande pardon.

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