« La vie c’est un combat ! »

1er OCTOBRE 2025
Par Éloi Giard, Prêtre diocésain

Bonjour,

Vous avez probablement déjà entendu cette expression populaire au Québec il y a plusieurs années. Mon père aimait la reprendre de temps en temps.

J’ai choisi ce titre parce que le 23 avril dernier, j’ai subi une intervention chirurgicale majeure au cœur et à l’aorte. Malgré quelques complications, j’ai rapidement repris des forces. Je me sens maintenant mieux qu’avant qu’on m’opère, même si je n’avais éprouvé aucun malaise auparavant.

Cet événement imprévu dans ma vie soulève cependant, une fois de plus, le troublant problème de la souffrance et du mal. Vous savez comme moi — et peut-être mieux que moi — que leurs formes sont multiples : maladies, accidents absurdes et catastrophes naturelles. Il s’agit de malheurs dont on n’arrive jamais à se sortir et qui nous amènent à nous poser la question des questions : comment un bon Dieu peut-il permettre de telles horreurs?

J’ai déjà parlé à quelques reprises du burnout que j’ai vécu à l’âge de trente-sept ans. Avec le recul, j’en suis venu à rendre grâce à Dieu pour cette épreuve, car j’ai finalement compris que cet épisode si dérangeant et si humiliant était somme toute une provocation humaine et chrétienne. À cause de l’angoisse qui me dévorait alors, j’ai dû me résoudre à risquer l’abandon complet à Dieu. En quelques secondes, il a transfiguré ma vie: je suis devenu un homme neuf dans un monde neuf. J’ai compris alors que Dieu intervient en nous d’une manière spéciale quand on ne peut plus rien attendre de soi. L’amour divin m’a saisi, j’ai ressenti dans tout mon être qu’il existait, et qu’il peut toujours nous donner une nouvelle vie.

L’abandon à Dieu: c’est ce que ma récente épreuve de santé m’a invité à revivre. Avec les années, on en vient à découvrir que c’est la vie qui nous conduit: elle veut nous mener à l’intérieur de nous-mêmes. Grâce à vos prières — pour lesquelles je vous dis mille fois merci! —, je me suis senti porté par un amour qui a à nouveau transformé cette épreuve en provocation. À sentir Jésus avec moi, ne plus le considérer comme un personnage du passé, mais comme la vie de ma vie ici et maintenant, malgré toutes les résistances dont je suis capable. Et si le but de la souffrance était finalement de nous faire entrer dans un nouvel état, avec Jésus? Notre foi appelle cela résurrection, vie nouvelle, divine, qui nous conduit à notre rythme à l’accomplissement.

Mais c’est loin d’être évident quand des personnes vivent une épreuve cruelle, par exemple la mort d’un enfant. Ça s’est produit dans ma propre famille il y a quelques mois. «Ce qu’on a à vivre, c’est invivable», m’a dit mon frère, grand-père du petit Adam parti à quinze mois durant son sommeil. Est-il possible de trouver une réponse à une injustice aussi révoltante?

Personnellement, je ne trouve pas les mots. J’ai pleuré avec eux, et il nous arrive encore de pleurer. Il faut chercher des témoins chez qui la vie divine a fait son chemin et s’est même finalement renforcée au fil des combats de la foi et de la vie.

Un de ces plus grands témoins, c’est sûrement saint Paul. Cet homme, qui a incroyablement souffert pour annoncer l’Évangile, a parfois des mots qui ne cessent pas de m’ébranler… positivement! Dans la seconde lettre aux Corinthiens, il écrit avec une provocante audace: «Nous sommes pressés de toute part, mais non pas écrasés; ne sachant qu’espérer, mais non désespérés; persécutés, mais non pas abandonnés; terrassés, mais non annihilés» (2 Co 4 : 7-9).

Quelle foi, quelle force !!! Accéder, à la longue, à une nouvelle compréhension de soi-même et de Dieu. C’est ce que nous proposent la Bible et la foi. Tellement de gens autour de nous ont besoin de sentir à notre contact que pour des chrétiens, une situation sans issue ça n’existe pas…

Permettez-moi de terminer cette lettre avec les mots d’un moine allemand, Anselm Grün, écrivain prolifique qui ose cette conclusion d’un livre sur la souffrance: «Dieu ne me donnera aucune réponse aux questions qui me viennent, mais il m’invite à lui adresser les reproches et les interrogations que la souffrance fait surgir en moi. La Bible nous présente beaucoup d’exemples à ce sujet. Dans le questionnement, l’accusation et le désarroi naîtront selon la Bible une nouvelle image de moi-même et une compréhension renouvelée de la vie humaine et de la nature, ainsi que l’idée d’un Dieu tout autre. Dieu ne nous offre que cela, mais ça suffit. C’est déjà un véritable défi que de rester sur le chemin et de pénétrer plus profondément dans le mystère de l’humain et l’insondabilité de Dieu.»

Bonne vie!

Avec ma combative bénédiction,

Éloi Giard
Prêtre diocésain

 

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